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Montreux Celebration

L'histoire musicale de Montreux en 1969

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Swiss Movement

Comment mentionner un seul point fort alors qu'il se passe des moments musicaux inoubliables chaque année ? Pour certaines sensibilités, c'est la rencontre sur scène de George Duke, Alphonso Johnson, Billy Cobham et John Scofield en 1976, pour d'autres le concert de Prince en 2007, et pour d'autres le concert de Pink Floyd au Pavillon de Montreux !

Mais nous ne pouvons pas ignorer ce qui s'est passé au Casino le 22 juin 1969

C'est cette histoire que nous relatons ici.

En concert à Montreux le 22 juin 1969 Eddie Harris-sax tenor, Benny Bailey-trompette, Les McCann-piano, Leroy Vinnegar-basse, Donald Dean-batterie.

  • 1. Compared To What (Gene McDaniels) 8:41
  • 2. Cold Duck Time (Eddie Harris) 6:31
  • 3. Kathleen's Theme (Les McCann) 5:45
  • 4. You Got It In Your Soulness (Les McCann) 7:08
  • 5. The Generation Gap (Les McCann) 8:45
  • 6. Caftan (Vinnegar) 6:35

Produit par NESUHI ERTEGUN
Photo couverture GUISEPPE G. PINO
Dessin couverture IRA FRIEDLANDER
Enregistré par STEPHEN INNOCENZI

Ce concert était parti pour être un désastre musical. Et il fut l’un des enregistrements de Jazz "Live" les plus stimulants et excitants de tous les temps !

Voici la formule : Prenez le Trio de Les McCann, placez-le sur la scène du Casino devant une salle bondée, ajoutez deux cuivres, Eddie Harris et Benny Bailey, qui n’ont jamais joué avec Les McCann, donnez aucune chance aux musiciens de répéter ni aucune partition, ne dites pas aux deux solistes les morceaux à jouer (de toute façon ils ne les connaissaient pas), faites tourner la bande d’enregistrement …. Et espérez un miracle.

C’est précisément ce que le producteur Joel Dorn a fait et, bizarrement la preuve est, que ce n’est pas exactement un miracle mais c’était tout proche toute considération confondue. On trouve toute la spontanéité, l’électricité, le punch dans cette musique et sur cet album. Vous sentez presque l’adrénaline qui coule ! Les musiciens sont suspendus sur un fil, avec aucun gilet de sauvetage… et on le sent.

Le Trio de Les McCann, avec Leroy Vinnegar à la basse et Donal Dean à la batterie, est l’attraction principale le 18 juin 1969. Le Quartet de Eddie Harris avec Jodie Christian au piano, Melvin Jackson à la basse et Billy Hart à la batterie doit faire ses preuves 2 jours plus tard. Les deux groupes sont très bien reçus. Le jour suivant ce concert, le Trio de Les MacCann prend part à une jam session non organisée, comme il y en a très souvent, et une des révélations en est le joueur de trompette et de bugle Benny Bailey de Cleveland en Ohio.

A part une courte période d’interruption au début des années 1960, Benny habite en Europe depuis 1953, et à cette époque travaille avec le groupe de la Radio Suisse (Swiss Radio Band) et habite près de Lausanne.

Les McCann et Eddie Harris pensent que ce serait bien d’avoir un joueur de trompette pour ce soir là. Après avoir entendu Bailey lors de cette jam session, ils pensent que ce serait la personne idéale. Mais Bailey n’est pas enthousiaste : "Je ne suis pas vraiment le gars idéal. Le bagage musical de Les est une chose… ce qui ne gêne pas Eddie mais ce n’est pas vraiment mon style de musique, alors quand ils m’ont demandé si je voulais jouer quelques morceaux avec eux le jour suivant, je me suis dit pourquoi pas ?" .

Benny Bailey dit qu’il ne réalisait pas, au début, que ce concert était enregistré. "Je ne connaissais aucun des morceaux et il n’y avait aucune répétition. Ils devaient m’informer de chaque morceau".

Eddie Harris aussi n’est pas préparé : "J’ai dit à Les de jouer ses morceaux usuels avec son Trio et que je jetterais un œil par-dessus son épaule pour lire ses partitions – parce que je suis un joueur de piano. Nous avions un micro pour Benny et moi et une des cameras de télévision était pointée contre nous, juste devant – mais je ne pouvais pas me tenir devant car je devais voir Les et jouer en même temps. Benny n’avait pas vraiment besoin du micro. Il a une telle force dans sa musique".

"Souvent un technicien rampait sur la scène et tirait le micro en avant - et je le reprenais et le remettait en arrière à sa place. Si je ne l’avais pas fait il n’y aurait pas eu d’enregistrement parce qu’on ne m’aurait pas entendu. Ce fut un concert magique".
Dès la première note jouée par ce quintet, un lien est établi avec le public et ne sera jamais brisé. J’ai mentionné avant, que ce concert n’était pas attendu comme un événement qui allait devenir quelque chose d’exceptionnel. Et je le souligne. Si l’on considère les 5 morceaux qui constituent le programme d’enregistrement original. Tous ces morceaux sont pratiquement au même tempo, entre 34 et 38 bars par minutes. Quatre des cinq morceaux sont typiques à la mode funky de McCann et deux sont des blues 12 bars.

Et c’est précisément cette continuité d’humeur et de sentiment qui font que cet album a atteint une telle grande aura et euphorie.
Le premier morceau "Compared To What", et le commentaire social écrit par Gene McDaniels qui a chanté avec le Les McCann Band quelques années auparavant, est sans aucun doute le morceau phare de cet album. Ce morceau est dans la librairie musicale de Les McCann depuis environ 6 ans et a été enregistré en septembre 1966 pour l’album "Les McCann Plays the Hits".

"Mais" dit Les, "C’était vraiment juste avant de venir à Montreux cette année que nous avons eu la bonne inspiration que nous recherchions. Il n’y a aucun doute que ce morceau lui est légitime sur cet album".

Les dira : "Benny ne connaissait pas ce morceau. Je ne pense pas qu’il ait jamais joué un morceau qui était juste d’un ton avant cela. Je lui criais « Nous sommes en F mon vieux allez joue ! ». Et il accoucha d’un solo qui allait devenir le plus mémorable de l’album. Des gens me demandèrent après le concert « qui était le joueur de trompette ?".

Et Benny se souvient : "quelques mois après ce concert, ma sœur m’a écrit des USA et m’a dit que "Compared to What" était dans le hit parade. Je l’avais complètement oublié depuis lors. Mais quand je suis retourné aux USA quelques 10 ans plus tard, j’ai remarqué que les gens me connaissaient – surtout les jeunes – d’après ce disque ! C’était incroyable. Ils ne me connaîtraient pas si je n’avais pas été parmi les musiciens et cela a été très bénéficiaire en ce qui concerne ma réputation.

Mais, pour vous dire la vérité, je n’ai pas trop aimé la musique. C’était trop commercial pour moi. Ce n’était pas ma tasse de thé et ce n’est pas le genre de truc que je choisis de jouer habituellement. Il est vrai que la session a développé une telle inspiration que cela a mis KO toute la salle, Et la section rythmique était merveilleuse. Leroy est un bassiste génial il ne voulait jamais faire de solo et Donald Dean est un batteur qui swing».

"Col Duck Time " (Le nom de ce titre n’a rien à voir avec du poulet congelé mais fait référence à un vin gazeux très populaire aux USA à cette époque) est un thème en 12 bar en F. Du même rythme funky que "Compared to What" c’est en fait le dernier morceau (le rappel)".

"Nous l’avons crée à la dernière minute" nous confie Eddie Harris. "J’ai joué la mélodie comme elle venait et Benny, étant un excellent musicien, a suivi immédiatement".

Après un solo rauque caractéristique de Eddie, Benny nous livre six thèmes avec une incroyable assurance et virulence. Vers la fin du troisième thème c’est tellement intense que la foule applaudit énergiquement. « Je jouais avec les yeux fermés » Benny se souvient "et je pensais, Wow ils adorent ce que je joue" et j’ai ouvert les yeux et j’ai vu pour qui les applaudissements étaient destinés – Ella est juste entrée sur la scène. Elle était tellement gracieuse et elle s’est excusée auprès de moi pendant et après !!".

"Kathleen’s Theme" sur lequel Benny ne joue pas, est un morceau droit en avant 4/4 et présente quelques solos individuels de Harris. Puis c’est de nouveau le retour au funk avec "You Got it In Your Soulness" un blues 12-bar en E qui provient de McCann et présente cet effet de tension et détente dans lequel il est le maître. On y trouve quelques solos de Harris et un solo explosif caractéristique de Bailey, suivit du piano de Les et ses notes toniques.

Le dernier morceau de l’album original "The Generation Gap" est un morceau qui progresse du G mineur par le E mineur avec une racine de A vers le A mineur puis B majeur avant de retourner vers le G mineur. Une fois encore, Eddie doit mener les mesures mais lui et Benny naviguent à travers leurs solos comme s’ils avaient joué ces morceaux depuis des années.

"Une autre chose que je n’oublierais jamais à propos de cet enregistrement : Juste avant de monter sur scène, et pour la première fois de ma vie, j’ai fumé du hash. Quand je suis arrivé sur la scène, j’étais là, le nouveau McCann rétréci, essayant d’avoir l’air cool et bon sang, je ne savais pas où j’étais. J’étais totalement désorienté. Les autres gars disaient "OK mec joue !". "Je ne sais pas comment mais je me suis ressaisi et après tout a bien été".

"Swiss Movement était certainement un des piliers majeurs dans ma vie. Ce fut un coup phénoménal qui ne pourra plus jamais être répété".

Mike Hennessey
Traduction en français : Montreux Celebration


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Swiss Movement - Les McCann, Eddie Harris


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